23.03.2009

Think Global, Act Local

world2.jpgUn des plus importants challenges auxquels sont confrontés les Sociétés qui souhaitent opérer à l´international reste l´adéquation entre leur proposition et les spécificités du marché où elles souhaitent s´implanter. Certaines grosses désillusions sont relatives aux erreurs d´évaluation de ce que cela nécessite de vendre un nouveau produit, de construire une marque, de développer des partenariats locaux.

 

Ces multinationales ont des stratégies globales qui doivent s´appuyer sur les spécificités locales, ce qui rend l´exercice extrêmement compliqué. Elles doivent penser « Glocal » !

Alors, quelles sont les démarches que les Sociétés qui réussissent utilisent ? Comment coller aux besoins de ces nouveaux clients dont les histoires et les cultures sont différentes ?

 

Sur le blog de la Harvard Business School, Peter Sims décrit une démarche consituée de 3 étapes qui mèle stratégie et « design thinking ». Cette démarche est appliquée par quelques champions tels que par exemple Google ou Procter & Gamble :

  1. Comprendre les besoins des clients et les normes culturelles pour chaque pays.
  2. Prendre en compte ces éléments pour réaliser des expériences n´impliquant pas de forte fidélité de la part des clients testés, ni d´impact important pour l´implantation.
  3. Utiliser les résultats de ces expériences pour déployer le développement local du business incluant design, marketing et branding, ventes, distribution et production.

Voici quelques exemples concrets pour illustrer cette démarche.

 

L´étape 1 est connue par tous car elle est logique. On ne peut pas imaginer qu´une Entreprise s´implantant dans un nouveau pays, ne commence pas sa démarche par comprendre le nouveau marché objectif. Or cela n´est pas si simple.

 

Procter & Gamble l´a appris à ses dépens au Mexique dans les années 80. Les analyses de marché montrant que les revenus de la population au Mexique étaient faibles, P&G a décidé de lancer une lessive compacte permettant de réduire le coût de chaque lavage. Les marketeurs imaginaient faire un succès avec cette lessive qui répondait à la préoccupation principale des ménages : réduire les coûts. Or, cette lessive fut un flop… Pourquoi ? Parce que la préoccupation des clients mexicains était différente en matière de lessive. Et cela est lié aux spécificités du marché et à la culture. Les mexicains font majoritairement la lessive à la main, et sont très sensibles aux odeurs de transpiration lors de leurs différents trajets en bus. Pour les ménagères mexicaines, la qualité du lavage est liée à la quantité de mousse que fait la lessive lors du lavage. Or, cette nouvelle lessive faisait peu de mousse !!!

 

L´étape 2 consiste à faire des expériences à impact limité pour bâtir sa stratégie d´implantation.

 

Le marché chinois avec ses plus de 150 millions d´internautes est un marché stratégique pour Google. Mais comment s´implanter sur le marché des moteurs de recherche lorsque l´écriture et la transcription sont si différentes. Google a lancé des laboratoires d´analyse d´utilisateurs. Avec des caméras, Google a analysé les réactions de clients chinois en train de faire des recherches. Cette expérience a permis à Google de se rendre compte de la difficulté des clients chinois à trouver une réponse adaptée à leur véritable besoin (ceci étant principalement dû à la structure de l´écriture). Google a donc développé l´option Google Suggest (que maintenant tout le monde connaît) qui propose des suggestions au fur et à mesure que l´internaute tape sa recherche sur le moteur (ou qui pose la question : Voulez vous dire ?). Grâce à cette expérimentation à faible impact sur le marché, dont les résultats furent un des socles de la stratégie locale, Google est devenu deuxième en Chine avec 26% de part de marché derrière le moteur de recherche chinois Baidu.

 

Chris Rock, le comique Américain met en pratique l´expérimentation lors de la création de ses spectacles. Il organise des spectacles très courts, près de chez lui, dans des petits clubs, où il expérimente des blagues, des idées face à une audience de 30 personnes au maximum. Il vient à chaque fois avec des nouvelles idées qu´il teste en petit comité. A partir de la réaction de ce public, il compile les idées qui marchent et s´en sert comme base pour la création de son spectacle. Il expérimente sans prendre de risques avant l´introduction de son nouveau produit.

 

L´étape 3 est celle qui est toujours réalisée suivant les process de l´Entreprise, avec des arbitrages entre localisation et importation. Il s´agit du déploiement de l´implantation.

 

D´après moi, cette démarche plutôt orientée B2C est transposable au business B2B :

  • « Comprendre les besoins des clients et les normes culturelles pour chaque pays. »
    devient
    « Comprendre la culture de mon client et sa stratégie (cette étape est tout aussi importante). »
  • « Prendre en compte ces éléments pour réaliser des expériences n´impliquant pas de forte fidélité de la part des clients testés. »
    devient
    « Démarrer la relation commerciale avec un business restreint limitant les risques de chaque partie (Souvent imposé par le client). »
  • « Utiliser les résultats de ces expériences pour déployer le développement local du business. »
    devient
    « Accroître ma part de marché chez le nouveau client avec intégration de ce client dans ma stratégie internationale. »

J´ai sélectionné quelques liens utiles pour aller plus loin :

 

  • Article de février 2009 sur le déploiement opérationnel d´une implantation locale
    Cliquez : ici
  • La globalisation du Groupe Siemens d´après son CEO en 2006 - Klaus Kleinfeld (toujours intéressant)

podcast

  •  Reportage de la chaine américaine ABC : Exemple de nouveau business lié à l´approche de nouveaux marchés
 

 

Est-ce que vous pensez que la crise va remettre en cause la globalisation ? Avez-vous des exemples de réussites internationales ne s´appuyant pas du tout sur cette démarche ? Au contraire, avez-vous des exemples d´implantations ratées à partager ?

 

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://www.fredericquaranta.com/trackback/2110745

Commentaires

think global, act local ? bref être glocal. vaste question. je me demande s'il ne faut pas faire l'inverse à savoir: think local et act global ? donc être lobal pour penser des produits et des services "adaptés" tout en mutualisant leur production ?

Ecrit par : jean-pierre | 24.03.2009

Répondre à ce commentaire

Très intéressant billet. Verriez-vous un inconvénient à ce que nous le reprenions sur Entreprise Globale, avec le lien vers vous, bien sûr ?
Cordialement

Ecrit par : Entreprise Globale | 24.03.2009

Répondre à ce commentaire

Bonjour Jean-Pierre,

Merci pour votre commentaire.

"Think Global, Act local" est une accroche qui met en avant la nécessité pour une Entreprise globale qui déploie une stratégie mondiale de différencier son offre en fonction des spécificités locales. Malgré l´image de "village mondial", le monde est loin d´être uniforme. Le produit doit répondre au besoins du client qui lui est toujours ancré dans un environnement, une histoire locale.

Ceci étant dit, vous avez raison lorsque vous dîtes qu´il faut mutualiser les opérations afin d´être le plus compétitif possible. Il faut alors avoir une vue globale.

Ecrit par : Frederic Quaranta | 25.03.2009

Répondre à ce commentaire

Bonjour Entreprise Globale,

Merci pour votre proposition que j´accepte volontier.

Je suis déjà un fan de votre site que je trouve très intéressant. D´ailleurs, EntrepriseGlobale.biz est dans ma blogroll.

J´ai vu que vous aviez une liste de blog partenaires : "Partenaires contenu".
Est il envisageable d´avoir mon blog dans votre liste ?

Merci par avance.

Ecrit par : Frederic Quaranta | 25.03.2009

Répondre à ce commentaire

Je pense que nous sommes en phase. La glocalite ou la lobalisation sont incontournables. Au dela ou parallelement a l'aspect geographique je crains de ne sortir du sujet mais je pense que cela pose aux grandes entreprises la question de l'equilibre entre transverse et business units donc de leur organisation et des modes de fonctionnement. De ce qui peut et doit etre mutualise et ce qui releve du specifique.

On pourrait aussi penser l'entreprise sous une vision plus neuronale avec une constellation sans centre dans laquelle la subsidiarite jouerait a plein.

Ecrit par : jean-pierre | 25.03.2009

Répondre à ce commentaire

Bonjour Frédéric. Nous avions un peu délaissé l'aspect blogroll. Voila qui est fait. Vous y êtes indiqué comme contributeur. Cela vous convient-il ?
Bien à vous
Jean-Yves Huwart

Ecrit par : Entreprise Globale | 02.04.2009

Répondre à ce commentaire

Bonjour Jean-Yves,

Merci pour le lien.

N´hesitez pas à reprendre mes posts lorsque vous le desirez.

Cordialement.

Frédéric.

Ecrit par : Frédéric Quaranta | 02.04.2009

Répondre à ce commentaire

Bonjour Jean-Pierre,

A mon avis, vous avez raison de lier ces 2 aspects (géographie et organisation), dans la mesure où il s´agit de problématiques liées à la gestion du réseau de l´Entreprise.
Dans un cas, le réseau business à travers le globe ; dans l´autre cas, le réseau managérial au sein de l´organisation.

D´ailleurs je pense que le monde de l´Entreprise est en train de vivre une (r)évolution qui va remettre en cause son fonctionnement.

L´Entreprise fait face à un monde de plus en plus complexe : technologies pointues et diverses, globalisation et cultures différentes, législations complexes, clients éclairés et exigeants, outils collaboratifs décentralisés et atomisés ...

L´Entreprise pour être performante doit intégrer tous ces éléments en inter-connectant différents réseaux (internes et externes) et fédérer leurs actions pour atteindre les objectifs fixés. On voit bien que de nouvelles compétences deviennent indispensables : networking et travail collaboratif.

Sur ce sujet d´Entreprise 2.0, je vous recommande l´excellent bloc note de Bertrand Duperrin - http://www.duperrin.com

Ecrit par : Frédéric Quaranta | 04.04.2009

Répondre à ce commentaire

Merci pour cet article sur l'économie

Ecrit par : Cours particuliers | 16.01.2010

Répondre à ce commentaire

Très intéressant en effet, merci pour votre contribution.

Ecrit par : Cours particuliers | 18.02.2010

Répondre à ce commentaire

Je souhaitais vous remercier pour ce topic bien réussi, merci

Ecrit par : jouer belote | 23.04.2010

Répondre à ce commentaire

Dommage que les français, dans la culture de l'entreprise, ne sachent que s'approprier des concepts anglo-saxons.

Ecrit par : Annonce | 27.04.2010

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire